D'abord, nous avons accueilli Monsieur, un bélier pur race Dorset prêté
par Monsieur Mimeault pour quelques semaines, le temps que s'écoulent deux cycles
complets chez Matante Robéa. Aussitôt admis dans l'enclos, Monsieur
s'énerve, grogne comme un cochon en léchant la nuque de la brebis à
grands coups de langue. Robéa doit être en chaleur, nous confirme
Mimeault, pour que le bélier s'intéresse à ce point. Comme de fait,
quelques minutes plus tard, il la monte (voir preuve documentaire ci-dessus). Dans
les heures qui suivent, il règne une atmosphère de partouze dans l'enclos:
Ti-Brin essaye de monter Esméralda qui se cabre comme un cabri,
Monsieur s'essaye sur Ti-Brin puis se montre assidu surtout avec Robéa.
Ça durera par intermittence jusqu'au lendemain. Puis plus rien. Monsieur
et Robéa se tiennent proches, comme un vieux couple. S'ils pouvaient,
ils se tiendraient tendrement par la main. Mais c'est tout. Jusqu'au week-end dernier,
alors que Robéa devait être en chaleur à nouveau, mais tout
est resté calme, malgré la magnifique pleine lune avec éclipse et
tout et tout. Je comprends donc que la chose est faite et que nous aurons des agnelets
en avril prochain.
Molly
L'autre soir, nous étions en ville (la grande ville de Montréal, j'entends
bien) pour assister à un récital de chansons d'Edith Piaf à la
Butte St-Jacques, vu que c'était mon Nicolas qui y tenait la contrebasse.
J'y rencontre Nicole R., attablée non loin avec une copine. On se salue, on
jase, puis la copine revient pour nous apprendre que sa fille a une chèvre à
donner, car celle-ci prend trop de place dans l'écurie: la voulons-nous? Et
pourquoi pas? Quand il y en a pour quatre, il y en a pour cinq?
Après entente, nous allons à St-Lin avec la fameuse caisse-à-chèvre
que vous connaissez déjà, pour ramener Molly chez nous. C'est une
petite chèvre courte sur pattes et un peu obèse, avec de belles cornes
recourbées jusqu'à la nuque et un air frondeur. Elle me fait tout de suite
penser à certaines délinquantes un peu narquoises qu'on a connues en institution:
baveuses mais sympa, dans le fond, et pas si mauvaises que ça. La séparation
d'avec ses maîtres est un peu triste et on me fait promettre que nous ne la
mangerons pas.
Tout au long du voyage, le chien Tommy surveille la bête en collant un
oeil face au trou d'aération; à l'intérieur de la caisse, Molly
doit sans doute avoir l'oeil exactement vis-à-vis le même trou, par l'intérieur.
Et tout le long du voyage Tom nous jappe ça: "Hey! il y a une bête
là-dedans, vous ne m'entendez pas?"

Molly. (Au loin , de g. à dr.: Monsieur, Ti-Brin, Matante Robéa et Esméralda.)
L'intégration de Molly n'est pas évidente: elle est habituée
à vivre avec les humains et avec les chevaux, mais pas à prendre sa place
dans un troupeau de ses semblables. Comme ces enfants qui ont toujours vécu
avec des adultes, elle n'arrive pas à se sentir à l'aise dans la bousculade
du groupe. Elle s'isole un peu, tout en suivant les autres de loin, elle ne sait
pas trop comment défendre sa part de moulée, elle cherche à se réfugier
près de nous mais sans trop se laisser toucher... Bref, elle a besoin d'un peu
de temps pour s'acclimater. La première fois que je la lâche dans l'enclos
électrique, elle saute la clôture d'un bond, malgré son embonpoint.
Heureusement ceci ne se répète pas et nous ne serons pas obligés de
sortir le piquet de Line et la chaîne, ni de lui mettre une entrave aux pattes.
Le séjour chez le bouc
Nous avons trouvé un bouc disponible pour Esméralda chez une
jeune voisine, étudiante en techniques agricoles à St-Hyacinthe. Elle préfère
que notre chèvre aille chez elle, plutôt que l'inverse, ce qui est sans
doute aussi bien avec la présence de Monsieur et le processus d'adaptation
de Molly. Whisky est un jeune bouc de race moitié naine, moitié
alpine, avec des petites cornes qui pointent diaboliquement vers l'avant. Il arrive
à mi-hauteur de la grande Esméralda: parviendra-t-il à la monter?
Sa compagne, une vraie chèvre naine, partage également son enclos.
Sur le coup, on note plutôt des comportements d'affrontement et de défi
comme c'est l'habitude quand une nouvelle bête se joint au troupeau. Aucun signe
d'attirance sexuelle. Ceux-ci ne se manifestent que lorsque la femelle est en chaleur,
soit pour un peu plus de 24 heures à toutes les trois semaines. Nous attendons
donc les événements, sans pouvoir les observer de près. Alors pour
les chevreaux, rien n'est encore assuré.
Exit Ti-Brin
Nous avons conduit Ti-Brin à St-Louis-de-Gonzague, où se trouve
l'abattoir autorisé de la région. Il devait se douter de quelque chose,
car il ne voulait pas entrer dans la caisse-à-chèvre, malgré la généreuse
portion de grain qui l'y attendait. À 87 livres sur pied, il nous donnera quelque
35 livres de gigot, de côtelettes et de shish-kébab. On vous en donnera
des nouvelles.
Était-ce le renard?
Tant qu'à être dans les nouvelles tristes, il y a aussi celle-ci: poupoule
verte (celle qu'on avait marquée d'un ruban vert à la patte) n'est
pas rentrée l'autre soir, ni les soirs suivants. C'était notre plus aventureuse,
au point qu'il a fallu lui rogner une aile, du temps où on essayait encore de
les garder enfermées à l'intérieur d'une clôture. C'est peut-être
ce qui lui a été fatal. Elle avait l'habitude de se promener seule aussi,
sans la protection du groupe comme les autres.
Est-ce le renard? Ça fait pourtant longtemps qu'on ne l'a pas aperçu par-ici.
Il faudra que j'aille faire un tour du côté de la tanière qu'il occupe
quand il est de passage dans cette partie de son territoire, pour voir s'il y a des
traces de plumes rousses.
Il reste donc trois poules, qui nous pondent fidèlement leurs trois oeufs tous
les jours.
Quoi de neuf chez les humains?
Ma petite soeur Christine me reproche de ne parler que des bêtes dans ces
chroniques. C'est sûr qu'il y a aussi deux adorables petites-filles qui viennent
ensoleiller notre domaine de temps en temps. Laurence, chez Julie, a maintenant quinze
mois et c'est une habituée. Elle aime beaucoup les poules ("plou, plou"),
les moutons ("bouh!") et un peu moins le chien ("hin, hin").
Delphine, un mois, chez Véronique, est encore trop petite pour partager ces
intérêts, mais elle découvre avidement le monde avec ses petits yeux
vifs. Philippe (?) est attendu d'une heure à l'autre chez Nicolas et Geneviève.
Ça fera un beau party de Noël à la Maison Bleue cette année!
Et bien-sûr il y a notre grande Daphné qui adore venir chez sa mamie, caresser
les chats et les poules, dessiner de grands portraits de la Maison Bleue et ramasser
les oeufs frais pondus.
France s'occupe à hivériser la maison. Quant à votre serviteur, il
s'active à préparer son vernissage annuel à son atelier sur l'avenue
Laval. Non, il n'y aura pas de portrait d'Esméralda. Il n'y a pas que
ça dans la vie!
À la prochaine alors!
François.