Pas de train à faire ce matin. Pour la première fois depuis cinq ans, je ne savais pas comment commencer ma journée, faute de ma routine habituelle auprès des bêtes. Mais voilà, il faut alléger les impedimenta si on veut voyager. Et puis la vie est un long dépouillement.
(Ne vous inquiétéz pas pour le maïs, il y a une clôture, mais on ne la voit pas.)
Nous nous sommes donc mis en quête d'une nouvelle demeure pour les bêtes. Il faut leur trouver une retraite digne des vedettes de la www que sont Esméralda et sa cour. L'été, elles sont habituées à vivre ensemble, dans un un pré bien vert accessible depuis leur abri, avec notre présence attentive et un grand horizon tout autour, sans autre obligation que d'être belles. L'hiver, elles disposent d'un abri fermé, avec de la paille chaude, du bon foin à volonté, de l'eau fraîche matin et soir.
Nous sommes prêts à donner les chèvres gratuitement, à condition d'être rassurés qu'on prendra bien soin d'elles. Au cours de l'été, un appel à tous auprès des fidèles lecteurs de cette chronique nous a fourni plusieurs candidatures. Une gentille fermière bio de la région de Dunham nous fait une excellente impression et nous convenons qu'elle fera le voyage (une bonne centaine de kilomètres) pour prendre nos bêtes dès le début d'octobre. Le temps de préciser les arrangements, nous apprenons qu'elle a trouvé d'autres chèvres tout près de chez elle. Une deuxième candidate s'annonce dans la région de Lachute. Pas commode pour le transport non plus. C'est vrai que nous sommes bien allés, jadis, chercher Molly à Saint-Lin (pour ceux qui ne sont pas familiers du Québec, c'est non loin de Saint-Glinglin) mais nous étions jeunes, nous avions alors une fourgonnette et il n'y en avait qu'une seule à transporter. D'autres candidats se pointent, mais qui ne prendraient qu'une des bêtes, ou qui ne disposent pas d'un pré extérieur ou qui présentent d'autres inconvénients encore. Pas question d'envoyer nos gentilles chèvres à l'abattoir, évidemment. Sans compter que, si la jeune Églantine est appétissante, les deux vieilles (six ans maintenant!) seraient sûrement trop coriaces.
Nous cherchons donc plus près de chez nous. On fait circuler la rumeur au marché fermier de Huntingdon, qui est devenu l'agora des rencontres hebdomadaires de la région. Suzanne, des vergers Ocenas à Franklin , prendrait les trois bêtes. Sa voisine d'échoppe Caroline, celle qui fait les bons fromages du Ruban Bleu, offre d'assurer le transport et les bons conseils de chevrière d'expérience. Marché conclu. Nous avons donc embarqué les trois bêtes dans sa camionette et voilà.
Désormais, les trois chèvres vivent là-haut sur la Covey Hill, avec vue imprenable sur la vallée du Saint-Laurent, en compagnie de Penny le poney et aux bons soins d'Amanda, leur nouvelle maîtresse.