Les chroniques d'Esméralda

18. Un an plus tard ...

Godmanchester, le 9 mars 2008.


Ça fait bien un an que je ne vous ai pas donné de nouvelles d'Esméralda. La mauvaise excuse, c'est que j'ai changé le système d'opération de mon Mac et que je ne disposais plus d'un logiciel de composition html pour créer une nouvelle page web. La bonne, c'est qu'on devient joliment paresseux à la retraite, quand il n'y a pas l'une ou l'autre circonstance qui vient nous provoquer pour nous sortir de notre béatitude.

Vous vous souvenez que nous n'avions gardé que trois bêtes à l'automne 2006, les trois filles: Esméralda l'ancêtre, Molly qui a perdu ses cornes et sa fille Églantine, née au printemps précédent. C'était aussi bien, car nous avions de grands projets pour le printemps 2007.

Acropolis, allô !


Nous reprenons la route

C'est bien beau, la campagne de Godmanchester, mais nous avions envie de repartir voir un peu le Monde. Depuis cinq ans, nous n'avons guère laissé les bêtes pour plus de 24 heures. Notre objectif: la Grèce, en profitant de l'occasion pour passer par la Belgique pour la première rencontre générale des frères et soeurs depuis au moins vingt ans!


La famille Belpaire à Ostende, mars 2007
.

Nous voilà donc à la recherche d'une équipe de relève pour faire le train, matin et soir, pendant un mois d'absence. Difficile de placer les bêtes en pension chez un collègue, à cause des risques de propager des parasites, sans compter qu'il faut trouver un moyen de les transporter et que les animaux n'aiment rien mieux que leurs petites habitudes dans leur lieu familier. Nous croyions avoir trouvé quand, deux jours avant notre départ, l'aimable voisine qui devait les héberger nous apprend qu'elle est enceinte et que sa vétérinaire (!) l'avisait de ne pas se charger de nos chèvres par crainte qu'elle-même n'en attrape quelque chose!

Inquiets, nous appelons la voisine Lise (qui connaît tout le monde) pour voir si elle ne connaîtrait pas un ou une jeune du coin qui prendrait le contrat. Elle va y songer. Dix minutes plus tard, son mari André rappelle: "Tu sais, on peut s'en occuper nous-autres, de vos bêtes, ça va nous faire plaisir!" Solidarité de campagne! Ils passeront deux fois par jour pendant un mois, s'occuperont sur place des chèvres, des poules pondeuses et des chats. Et tout ça gratuitement, en protestant quand nous leur offrons, bien-sûr, de garder les oeufs pour eux. Merci, Lise et André! Faut dire que nos enfants nous ont donné un bon coup de main aussi, en prenant la relève pendant les fins de semaines. Et je crois bien qu'ils en ont eu beaucoup de plaisir.

C'est quand même à ce moment-là que j'ai commencé à penser qu'on ne garderait pas les bêtes pour plusieurs années encore.

Pas trop dépaysant quand même...

Ce fut un merveilleux voyage, mais ceci n'est pas l'objet de cette chronique. Quand même, une virée qui passe par Paris et Ostende, entre autres grisailles du Nord, avant de nous amener au beau milieu du printemps grec d'Athènes, Delphes, Myconos et Santorini ...! Je vous laisse saliver.

Et puis ça nous a valu deux printemps plutôt qu'un. La veille de notre retour, une bonne "tempête des corneilles¨ paralysait l'aéroport de Montréal, mais nous sommes arrivés sous un soleil radieux! (Trop tard pour entailler les érables cependant pour l'année 2007.)


De retour à la terre

En rentrant au pays, nous retrouvons notre troupeau en pleine forme. Nous le complétons de deux agneaux nouveau-nés (il faut bien préparer l'avenir!) et d'une trentaine de poussins de la variété française "Sasso" qui deviendront de magnifiques et délicieux poulets. Un des agneaux, qui avait toujours semblé plus chétif, mourra d'un coup de chaleur à l'été. Comment se débarrasse-t-on de la carcasse d'un animal de ferme? Faire venir un équarrisseur coûte cher. Nos voisins éleveurs recommandent de l'enterrer sous six pieds de fumier (!) ou de terre, où elle se compostera. Avec l'aide de la "pépine" du voisin McColm, nous choisissons la dernière option. Cet événement nous obligera cependant à acheter un supplément de saucisses pour compléter nos provisions d'hiver.

Des invités non priés...

L'automne venu, nous installons dans l'étable les bêtes qui passeront l'hiver avec nous: les trois chèvres et cinq poules pondeuses. Nous notons bientôt la présence d'autres habitants que nous n'avions pas invités: une colonie de rats s'est gentiment installée sous le plancher des quartiers d'hiver. Quel gîte de choix! La chaleur des bêtes, de l'eau fraîche et le grain des poules fournis en permanence.

Malgré leur réputation, ce sont de bien jolies petites bêtes. Il paraît seulement qu'elles bouffent tout, détruisent tout, souillent tout, transmettent la peste, le typhus, la tularémie et la salmonellose, et que malgré tous les moyens mis en oeuvre pour les exterminer, elles prolifèrent ( Les mammifères terrestres du Québec..., éditions M. Quintin) . Et cette dernière affirmation est exacte, je peux vous le confirmer. Nous en avons attrapé plusieurs avec une trappe à rats, empoisonné autant avec de la strychnine, au risque de contaminer nos poules et nos chats en dommages collatéraux. Notre vieille chatte Hucky en a attrapé un bien dodu qu'elle est venue déposer en hommage à mes pieds. Les poules elles-mêmes s'arrachaient furieusement un bébé rat l'autre jour. Mais rien à faire, ils sont toujours là, et même pas discrets.

Je réussis à convaincre France de déménager la colonie de chats, qui ont leurs habitudes bien établies dans le garage, jusqu'à l'étable qui est à l'autre bout du terrain. Une patiente stratégie consistant à les affamer là-bas pour les nourrir ici finit par réussir à déménager définitivement Mitsou, Popsicle et Jonas dans leurs nouveaux quartiers et - miracle! - les rats semblent avoir pris la clef des champs!... Jusqu'à tout récemment, alors qu'ils reviennent à nouveau me narguer à travers les fentes du plancher du poulailler (voir photo ci-dessus, prise pour votre plaisir cet après-midi même).


Les arts

L'année artistique fut fertile. Depuis que j'ai mon vieux four à céramique acheté pas-cher-pas-cher, j'ai délaissé la surface pour le volume. J'ai d'ailleurs eu le plaisir d'exposer ma récente production dans la très sympatique petite galerie du Mouton Rose à Ormstown. Pour l'occasion j'ai fait, d'après modèle, l'emblématique portrait de mon mouton survivant.

Le mouton rose
(d'après modèle vivant)



D'autres projets de voyage


Une invitation surprise nous entraînera bientôt à Cuba pour une semaine. Le problème de la garde des bêtes se pose à nouveau. Encore une fois, nous nous voyons obligés d'appeler les voisins (mais pas les mêmes), espérant trouver quelqu'un dans leurs relations et connaissances... avec le même résultat: "Jean and I will gladly take care of them. It will be a pleasure!" me répond Dave. Impossible de refuser, et pas question de leur offrir une rétribution. On va en profiter. D'autant que dehors, la tempête de neige fait rage et qu'on nous promet un printemps tardif encore cette année (C'est la faute à la niña, paraît-il). Espérons que l'hiver dure encore un petit peu ici, que nous soyons revenus à temps pour faire les sucres!

Alors ça vient, ce printemps, qu'on aille jouer dehors ?

 

Encore une fois, je me dis qu'on donnera peut-être Esméralda et ses amies en adoption à la fin de l'été, si on trouve un endroit où elles seront bien reçues et traitées avec les égards qu'elles méritent. On se contentera alors sans doute d'acheter un ou deux agneaux et peut-être un petit bouc au printemps pour les garder jusqu'à l'automne, avec des visées évidemment plus alimentaires. On va laisser mijoter l'idée et on verra bien.

Et puis voilà que, juste avant de partir en voyage, une de nos pondeuses est blessée et saigne abondamment. Une fissure due à un oeuf trop gros, je crois. Ses compagnes de poulailler deviennent alors impitoyables et l'attaquent à coups de bec jusqu'à ce que mort s'en suive. Il a fallu l'isoler, mais elle ne survivra sans doute pas. Nous irons peut-être la déposer demain sur la piste du renard, qui lui fera une belle mort, comme celles que prévoit la nature. Ainsi va la vie!

 

¡ Hasta luego !

François.

 



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François Belpaire,
artiste peintre, graveur
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