Et puis il a fallu se résoudre à de grandes décisions de restructuration
du troupeau, gérer la décroissance en vue du séjour des bêtes
dans l'espace réduit des quartiers d'hiver.
Les trois petits boucs ont été menés à l'abattoir à Saint-Louis-de-Gonzague,
avant qu'ils ne deviennent trop coriaces et trop puants pour la consommation humaine
ou trop entreprenants et batailleurs pour co-exister à plusieurs mâles
dans le même troupeau. C'était un peu triste, mais autant ils sont charmants
les premiers mois, autant ils risquent de devenir invivables plus tard. Une tentative
de les envoyer sous la garde de leur père fut brève: il a fallu les mettre
d'urgence à l'abri contre les instincts d'exclusivité du bouc adulte. Le
papa bouc lui-même a été vendu, car il devenanait incontrôlable
dans les élans et les exigences de son affection à notre égard et
puis nous ne projetons pas d'autres naissances dans un avenir rapproché. J'espère
qu'il aura une belle vie là où il se trouve. Le troupeau est maintenant
réduit à quatre bêtes, bientôt trois quand l'agneau aura pris
le chemin de l'abattoir à son tour, ce qui ne devrait pas tarder.
D'autres mesures draconiennes se sont imposées du côté des poules
pondeuses. Les nouvelles poulettes de l'année, qui vivaient séparées
dans le poulailler extérieur, se seraient fait massacrer par leurs aînées
si on les avait tout simplement réunies dans le poulailler d'hiver. Il a donc
fallu sortir la hache, le chaudron d'eau chaude et le couteau à éviscérer
pour se mettre quelques vieilles poules à bouillon au congélateur. Pour
les survivantes, heureusement, on peut maintenant ouvrir le portillon du poulailler
et leur permettre d'errer librement sur le terrain, puisque la grippe aviaire semble
avoir rejoint la cohorte des nouvelles périmées. On leur a même ouvert
l'accès au potager, qui a été vidé, où elles se bourrent
de gros vers de terre en abondance. Ça va faire des oeufs riches en oméga-3!
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