Les chroniques d'Esméralda

16. Cette fois, ça y est !




Godmanchester, le 3 mai 2006.

Taratata !!
Roulez tambours,
sonnez trompettes:
les chevreaux d'Esméralda sont nés et ils sont bien vivants et magnifiques!


Ce sont trois petits mâles qui ont maintenant une semaine, deux tout blancs comme leur mère, l'autre, le premier né, d'un beige qui rappelle son père et ses ancêtres de race alpine.

Et puis trois jours plus tard, Molly nous a donné une petite femelle à son tour.

EsmŽe et 3 petits


C'était mercredi dernier, voilà une semaine. France était partie en ville pour l'une de ses nombreuses réunions, même si des signes évidents annonçaient les événements. Tant pis pour elle. Je surveillais de près l'évolution. En fin d'après-midi, Esméralda se coucha dans l'étable en geignant doucement. Je ne la quittai plus. Bientôt il y eut de fortes contractions. Heureusement, j'avais mon expérience de père pour comprendre à peu près la séquence des choses. Cela semblait assez pénible. Au bout d'un quart d'heure, un ballon couleur de vin apparut; impossible de voir ce qui s'y cachait. Ce n'est que quand le petit fut expulsé complètement que je m'aperçus qu'il était né par le siège. Mon manuel m'indique que, dans ce cas, il eut fallu aller retourner le foetus dans l'utérus, pour qu'il se présente le museau en avant. J'aurais bien voulu vous y voir! Mais Esméralda s'est bien débrouillée toute seule. Elle s'appliquait maintenant à lécher son nouveau-né avec ardeur et je l'aidai de mon mieux à l'essuyer pour le débarrasser des restes de membranes et de mucus qui lui obstruaient la respiration.

Dix minutes plus tard, un deuxième chevreau était né, par le bon bout cette fois. Encore un petit bouc, tout blanc comme sa maman, que nous avons asséché à son tour, Esméralda et moi.

Quel bonheur. Je revoyais les images de la naissance de Julie, mon aînée: c'était au beau milieu du jour, un grand soleil inondait la salle d'accouchement de l'hôpital Saint-Luc. Le miracle de la vie.

Les contractions reprirent un peu plus tard, sans doute l'expulsion du placenta? Mais pas du tout: il y avait un troisième petit bouc là-dedans qui ne tarda pas à rejoindre les autres. Si j'en attendais trois chez Molly, qui était pas mal grosse, je n'en espérais pas tant chez Esméralda qui était restée plus mince. Trois chevreaux de neuf livres chacun, où est-ce qu'elle mettait tout ça?

Le tout n'avait pas duré plus d'une heure. Encore moites, les deux aînés tentaient déjà de se lever de façon maladroite sur leurs petites pattes trop longues. Bientôt tous trois se mettraient à chercher le pis maternel pour la tétée.

Le troisŹme


C'est ici que commenceraient les problèmes. Esméralda avait le pis fortement congestionné, du côté gauche surtout, et les chevreaux ne pouvaient emboucher le trayon trop enflé. Heureusement, il y avait l'autre côté qui demeurait fonctionnel et avec un peu d'aide, les trois y trouvèrent leur content tour à tour pour l'immédiat. On entreprit de traire la chèvre du côté trop engorgé, plusieurs fois par jour, dans l'espoir que le pis se replace pour répondre à l'appétit grandissant des chevreaux. Mais le mamelon était sensible et la patience de la bête fut mise à l'épreuve autant que celle des chevriers.


C'est incroyable comme les chevreaux naissants sont vifs à se mettre sur pied et à entreprendre l'exploration du monde. Dès les premières heures, on les voit courir, jouer, faire des cabrioles et escalader le moindre obstacle. Curieux de tout, ils vont et viennent, reniflent autant leur mère qu'un pantalon d'humain ou une poule qui passe.

Et puis leurs petits corps nerveux sont couverts d'un poil doux et soyeux, bien plus que les légendaires agneaux, qui ne sont en fait ni très blancs ni très doux. À vrai dire, le lainage crépu d'un agneau nouveau-né rappellerait davantage la sensation d'un gant de crin.

Vous pensez bien qu'on en a eu de la visite cette fin de semaine-là! Dès le lendemain, Philippe, Juliette et leur papa étaient les premiers à venir admirer les petites merveilles.


Samedi, Lolo est venue avec sa maman, juste à temps pour assister à la mise bas de Molly. Elle a suivi ça avec un mélange de fascination et de répulsion, en alternance: "Pouache, c'est dégueulasse!"

Il n'y a eu qu'une seule chevrette chez la grosse Molly, mais elle pèse 10 livres et demie!


Et le dimanche, on attendait notre grande gymnaste Daphné pour donner des noms à tout ce beau petit monde, ce qui est sa spécialité, comme on sait.

Je vous présente donc: Cousteau (l'aîné et le plus explorateur), Flic-Flac et Truli (les gymnastes) pour les petits gars, et Eglantine pour la fille de Molly (mais vous pouvez l'appeler Titine dans l'intimité.)


Avec l'arrivée de la petite Eglantine, le problème d'allaitement s'aggrava. Molly avait les deux côtés du pis fortement engorgés et refusait de se laisser même toucher. Pourtant, elle semblait bien vouloir prendre soin de sa petite, la léchant de son mieux et l'appelant par de petits bêlements plaintifs.

On aurait pu tenter de mettre la petite Eglantine en nourrice chez Esméralda, mais avec un seul trayon en état de fonctionnement pour quatre chevreaux affamés, c'était sans doute trop lui demander. Temporairement, le lait que nous tirions du côté gauche d'Esméralda, et surtout un surplus de colostrum que nous avions judicieusement conservé au congélateur, permirent de répondre aux besoins immédiats du bébé de Molly.

On consulta la vétérinaire et quelques voisins d'expérience. Toujours serviable, Marc nous fournit du lait substitut en poudre, dont il avait gardé une réserve. Nous espérions, à force de soins et d'assiduité, remettre le pis d'Esméralda en état, mais nous avons bien failli renoncer pour Molly. On avait déjà commencé à la mettre au régime maigre en vue de la tarir, tout en essayant quand même d'appliquer des compresses chaudes et de la traire un peu pour soulager la pression.




Comme on connaît le tempérament rétif de Molly, vous comprenez que ceci ne fut pas évident. La pauvre chèvre fut confinée dans une stalle construite à la hâte pour cet usage. Et puis petit à petit, elle se résigna à nos soins et se mit à coopérer. Nous avons développé une méthode plus douce pour la tenir tranquille: je la monte à califourchon pour qu'elle reste en place, tandis que France récolte le lait. (Nous avons beaucoup de plaisir!) Trois jours plus tard, nous réussissons à la traire suffisamment pour nourrir ensuite la petite au biberon avec le lait de sa mère. Molly accepte même de se laisser téter directement, avec un peu d'aide, lorsqu'on la garde attachée devant son plat de moulée. Nous avons bon espoir qu'elle allaitera spontanément son bébé dans les jours qui viennent.

Un biberon d'appoint est toujours bienvenu et Delphine se fera un plaisir de le donner.

Entre temps, les petits boucs d'Esméralda ont commencé à téter leur mère des deux côtés. Le lait en poudre n'aura pas servi, si ce n'est pour nous rassurer qu'il y aurait une solution de secours au besoin.

Les poiriers et le prunier sont en fleurs, le pommetier se prépare, on récolte les premières asperges et tout le monde est en pleine forme.



Et la grippe aviaire ?

Le passage des grands vols d'oies blanches et de bernaches ne s'est pas fait sans une certaine inquiétude cette année. À force de faire peur au monde avec leur grippe aviaire, ils nous ont chargé de menace le spectacle grandiose qu'elles nous offrent pendant un mois à chaque printemps.

Nous avons donc confiné nos poules pondeuses dans leur poulailler, tel que prescrit par la directive du ministère de l'agriculture. Habituées à plus de liberté, les pauvres poupoules en étaient tellement malheureuses qu'elles se sont mises à se picosser entre elles jusqu'au sang, au point qu'il a fallu les séparer dans trois espaces distincts. Elles se sont mises à nous faire la grève de la ponte et à dépérir tristement. Au bout de trois semaines, comme la panique semblait passée, nous les avons relâchées. Depuis, elles se prennent pour les cloches de Pâques (ou pour les lapins de Pâques, c'est selon votre religion) et elles nous cachent des oeufs un peu partout dans le jardin.

Un autre miracle de la vie !
 



C'était ici


Pour son anniversaire, ma douce France s'est payé un bel accident. Dans une manoeuvre de dépassement, elle s'est fait faire une "queue de poisson", avec sortie de route, tête-à-queue suivie d'un tonneau et retombée dans le décor, dans la boue bien moelleuse au milieu des roseaux.

Pas une égratignure.

Mais alors, notre belle petite "vroum-vroum" neuve, quel désastre!

Pour cet autre miracle,
Merci la Vie !



Soyez heureux et
à la prochaine!

François.

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François Belpaire,
artiste peintre, graveur
, auteur
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