Et voilà qu'Esméralda nous donne une autre frousse: Ce matin, j'observe
qu'elle a des pertes sanguinolentes. Est-ce un signe avant-coureur d'une mise bas
très prochaine? Ce serait merveilleux que ça arrive alors que les enfants
et petits-enfants sont ici! Mais c'est un peu trop tôt, selon mes calculs, ça
ne devrait arriver que dans un bon deux semaines... Alors est-elle en train d'avorter
à nouveau et de perdre encore ses chevreaux?
J'opte pour la première hypothèse, je m'énerve, je prépare tout
le matériel nécessaire pour mon rôle de sage-homme (même si mon
"Storey's guide..." m'assure que, dans 95% des cas, la chèvre
se débrouille très bien et qu'il n'y a strictement rien à faire).
Puis rien ne vient... Une nouvelle observation indique que ce serait plutôt
du côté digestif que proviennent les pertes. Sur le conseil de la vétérinaire,
on fait analyser un échantillon; c'est bien ça: les bêtes ont des
parasites intestinaux et il faut leur faire des injections de vermifuge, en plus
d'une deuxième injection de sélénium pour les futures mères afin
de prévenir la maladie des muscles blancs chez les chevreaux. On doit commencer
à être des chevriers expérimentés, car les trois ont subi le
traitement avec la plus grande sérénité, même Molly qui
panique habituellement dès qu'on l'approche.
Samedi, le 2 avril 2005
- Le pape est mort. Un nouveau pape est appelé à régner.
- Araignée? Tiens, quel drôle de nom! Pourquoi pas Libellule
ou Papillon?
- Mais non! Vous n'avez rien compris! Je recommence: Le pape est mort. Un nouveau
pape est appelé à régner...
etc., da capo, comme je disais déjà, et usque ad nauseam.
(s'cusez, elle est vieille...)
Jeudi 14 avril 2005
Hier soir, en revenant un peu tard de la ville où nous étions pour
le vernissage de mon amie Johanne, nous avons trouvé Molly toute en peine,
léchant ses deux chevreaux, morts, encore chauds. C'est bien triste. Ce matin,
elle se lamentait doucement, cherchant ses petits.
Toute une année de préparatifs et d'attente pour en arriver là! Espérons
que ça ira mieux pour Esméralda, qui doit mettre bas bientôt
aussi. Et puis heureusement il y a Lucycat, qui est tellement grosse qu'elle
doit attendre au moins une douzaine de chatons. Tu en veux combien, Lucie?
Samedi 23 avril 2005
Elles nous ont encore fait le coup, les vlimeuses! Elles avaient pourtant recommencé
à pondre régulièrement, six ou sept oeufs à chaque jour, et bien
sagement déposés dans les nichoirs à l'intérieur du poulailler.
Et puis voilà, un jour il n'y en avait plus qu'un seul, puis zéro, puis
encore zéro le jour suivant... Une petite crise attardée d'arrêt de
ponte qu'elles nous avaient pourtant épargnée à l'hiver? Pourtant,
il fait presque un temps d'été. J'ai eu beau chercher partout, nulle part
il n'y avait de trace d'un nid clandestin.
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