Godmanchester, vendredi 19 mars 2004
Depuis deux mois et demi, c'était le calme de l'hiver: rien à signaler
qui eut valu la peine d'une chronique. Puis tout-à-coup, voilà le printemps
et tout déboule. Trop de nouvelles. Pas le temps d'écrire. Tout de même,
un petit résumé rapide pour que vous ne soyez pas complètement dépassés
par les événements:
Vous n'y croyez peut-être pas, mais le printemps arrive. Les poules ont
recommencé à pondre de beaux gros oeufs quotidiens. Les oies sont revenues
se poser dans le champ derrière la maison. France a même observé un
merle ce matin. Il se demandait où sont passés les vers de terre. On a
vu roder le renard. (Attention, les poupoules!)

Des milliers d'oies des neiges
La semaine dernière, nous avons produit un litre et demi de
sirop d'érable; à cause du froid, ça a arrêté de couler
cette semaine, mais ça devrait reprendre bientôt.
Et Matante Robéa a eu ses agneaux mercredi. Trois d'un coup! C'était l'abondance.
Mais c'était trop, elle n'a pas pu les nourrir et les garder au chaud. Deux
sont morts ce matin, on espère sauver la petite dernière, qui avait pourtant
l'air d'être la plus fragile.
Nous faisons notre cours pratique de vétérinaire
Robéa était énorme. On comprend pourquoi, maintenant. Ça
poussait tellement par en-dedans qu'elle a fait un prolapsus vaginal. L'organe se
trouve à être retourné comme une chaussette, et il a fallu lui installer
un pessaire. Ou une "cuillère", comme les éleveurs l'appellent
ici. Il s'agit d'un sorte de chausse-pied en plastique, qu'on introduit dans la cavité
pour tout retenir en place, et qui se prolonge par deux tiges latérales qu'on
fixe après une touffe de laine de la toison. Comme ça tenait plus ou moins,
il a fallu improviser un harnais avec une vieille ceinture, pour assujettir davantage
l'installation. (Non, je ne ferai pas de dessin.) On a bien fait ça, puisque
ça a tenu jusqu'à la veille de l'agnelage. On en a profité aussi pour
lui donner une injection intramusculaire de sélénium, en prévention
de certaines maladies chez les agneaux.
Au moment de la mise bas, France était occupée en ville, pauvre elle, et
il a fallu que je me débrouille tout seul. En revenant de prendre une marche
jusqu'à la boîte postale au chemin public pour chercher mon "Gleaner/La
source" hebdomadaire, je suis allé jeter un coup d'oeil aux bêtes:
sous l'abri, Robéa contemplait fièrement son premier rejeton qui gisait,
grelottant, sur le gravier. Je l'enveloppe vitement dans une serviette et l'emmène
à l'intérieur dans l'étable, en essayant d'attirer la brebis à
ma suite. Celle-ci ne comprend rien, croit que je veux l'éloigner de son petit
et résiste de toutes ses forces. C'est lourd, une brebis, quand il faut la tirer
sur une dizaine de mètres. J'y réussis et je ferme la porte de l'étable
pour garder la chaleur en-dedans et les deux chèvres à l'extérieur.
Le deuxième agneau, un petit mâle, naît sur la paille une bonne demi-heure
plus tard. Il respire mal, il a fallu le "swinger" pour expulser les mucosités
qui encombraient ses voies respiratoires. Une chance que j'avais bien potassé
la procédure dans le "Storey's guide..." avant, pour parer
à toute éventualité. Et presque tout de suite il y en a un troisième,
que je n'ai pas vu venir: j'ai failli marcher dessus! Deux femelles et un mâle,
c'était plus qu'on n'en demandait.

Trois d'un coup !